Le Catalpa.

Longtemps je suis allée m’abriter auprès de ce vieux Catalpa.

Il siégeait là depuis toujours dans le jardin de Grand-Mère.

Il était là avant elle, et il y était resté pendant.

Il siège là à travers les ans, avec son tronc tout malade

Il faut dire, on en a pris soin de ce drôle de Roi. Pour qu’il nous reste, il avait fallu le rabibocher par tous les côtés.

On s’était battu pour Lui même, plus que pour les autres.

Peut-être parce que ce vieux grincheux s’imposait là comme l’autorité du lieu. Il en était l’âme, cela ne se discutait, pas c’était ainsi et puis voilà.

Souvent j’ai entendu ma mère dire sans hésitation que si l’Olivier de sa terrasse en venait à disparaître elle vendrait alors son appartement, cet appartement qui est toute sa vie, mais cet Olivier qui est tout son appartement.

Mais que serait cet appartement sans son Olivier ?

Plus la vie de Maman en tout cas. Il aurait fallu qu’elle en parte, cela aurait été une sommation.

Certaines choses sont habitées de l’essence des lieux.

Et lorsque elles meurent, elles emportent dans leurs tombes toutes les légendes. Ces choses portent dans leurs entrailles la loi de la fin et du début des cycles.

Ainsi, souvent, je me suis abritée avec délice dans le tronc grincheux et tout cimenté de ce bon vieux Catalpa, chaque instant auprès de lui était la joie même d’être chez Grand-Mère.

Mais cette année était le dernier été. Il va falloir l’abattre.

On le murmurait déjà, depuis… quelques temps. Mais c’était pour plus tard, et ce plus tard était loin, imaginaire, inexistant, un plus tard à ouvrir de chaudes allées d’éternité.

Et voilà, les ans sont passés, et plus tard est arrivé.

Car cette fois ci… le risque est trop grand si le vieux tyran en venait à s’effondrer il emporterait avec lui un pan entier de la bâtisse.

Alors c’est la fin.

Pourtant, des petits catalpas, depuis le temps ont poussé autour, une année Grand-Mère a réuni les trois plus beaux à quelques mètres.

Bien entendu… Je les snobais, je n’avais d’yeux que pour mon Roi.

Je savais bien ses caprices, ses tyrannies pourtant… Mais c’est ainsi j’avais mes habitudes avec lui et sa vieille carcasse malade.

2020 comme la chute du Catalpa,

2021 comme la découverte que depuis les frêles arbustes ont bien poussés, on ne peut toujours pas y trouver de l’ombre en été, ni l’abri de la pluie en hiver, mais ils sont tout ce qui nous reste d’avenir.

Et je me demande combien de temps nous allons encore attendre avec ces structures malades et pourrissantes, devenues tyranniques et, dangereuses pour nos demeures.

Et combien de temps encore pour aller grossir le tronc de ces trois nouveaux-là.

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